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Homélie de la semaine en cours:

22ème dimanche C:

"Qui s'élève sera abaissé et qui s'abaisse sera élevé." Cette parole a surtout fait croire aux chrétiens qu'il fallait se mépriser soi-même…

Comment comprendre cette parole, que veut dire "s'abaisser"? Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul écrit que Jésus que Jésus s'est abaissé, se faisant obéissant jusqu'à la mort, à la mort de la croix. Et ensuite Dieu l'a élevé. C'est donc en tournant notre regard vers Jésus que nous pouvons éclairer notre compréhension. En Jésus, ces paroles sont fondées sur son vécu.

Et que nous dit Jésus dans cette page d'évangile? Il ne fait pas du tout un discours théorique sur l'élèvement ou l'abaissement, il prend seulement l'exemple d'une personne qui invite des gens à un repas. Et l'on sait que dans le monde, la coutume consiste à réinviter les personnes qui nous ont invité. Jésus va à contre-courant de cette manière de faire. Au lieu d'inviter en risquant - ou en espérant - de se faire réinviter, Jésus propose d'inviter des personnes qui ne peuvent apparemment rien rendre en retour.

Il semble que Jésus nous donne ici une petite instruction d'humanisme. Comment l'homme peut-il s'élever en vérité?

Dans la première partie de l'évangile, Jésus met en situation des gens qui s'apprécient mutuellement, ils s'honorent les uns les autres, ils se renvoient chacun une image positive de leur personne. Au fond, ils se regardent en s'admirant eux-mêmes puisqu'ils ont en face d'eux des personnes qui leur renvoient leur propre image.

Dans la deuxième partie de l'évangile, Jésus propose d'inviter plutôt des gens déconcertants: des pauvres, des personnes blessées par la vie comme les estropiés, les boiteux ou les aveugles que cite Jésus. Ceux-là "n'ont rien à te rendre" dira-t-il, ou plutôt il précise que "cela te sera rendu à la résurrection des justes".

S'abaisser signifie pour Jésus s'ouvrir à un monde nouveau avec des personnes différentes et ne pas s'enfermer dans le cercle restreint des personnes semblables.

L'évangile nous invite à nous interroger sur nos rencontres. C'est vrai, toute personne est à l'image de Dieu et donc chacune nous dira quelque chose de lui. Mais souvent ne sommes-nous pas plus à la recherche de nous-mêmes en rencontrant l'autre? Qui et que cherchons nous dans la rencontre?

Certes, il est bien normal d'être à la recherche d'une certaine reconnaissance de nous-mêmes, les sentiments positifs permettent le dialogue. Mais le but d'une relation n'est-il pas de nous laisser étonner par une nouvelle rencontre pour découvrir l’autre dans tout ce qu'il est?

Notre élèvement ou notre abaissement dépendra de notre manière de poser notre regard sur l'autre. Allons-nous le regarder comme un miroir, scrutant le regard qu'il a de nous-mêmes, ou bien comme une fenêtre ouverte sur un horizon nouveau et tellement enrichissant?

Et Dieu, quelle attitude a-t-il envers nous? Cherche-t-il à se complaire dans l'homme qu'il a créé à son image? Malheureusement il doit alors souvent regretter de voir l'image pervertie que nous lui renvoyons de lui-même. Mais Dieu est sûrement très curieux et heureux de voir le côté créateur de chacun, comment chacun élargit sa création, comment la femme, l'homme ou l'enfant valorisent cette puissance d'amour que Dieu a mise au coeur du monde.

Fr. Pierre Gabriel